AYURVEDA

Au commencement …

 

Au commencement, il y a le cosmos, cet univers hors du temps, ce néant qui n’en est pas un, cette stagnation infinie, ces ténèbres obscures et sombres, cette substance du vide, cette matrice originelle de l’atome : l’ETHER.

En son sein, dans cette immobilité et ce silence, à peine perceptible, un mouvement se crée, d’abord discret puis plus fort, prenant petit à petit de l’énergie jusqu’à donner un courant puissant,  l’animation, l’essence de la vie : l’AIR.

Vient alors l’inévitable, le conflit, cette violence nécessaire aux cycles perpétuels qui donnent destruction puis création, cet ordre du chaos, éther et air, deux forces qui s’entrechoquent, une explosion qui donna l’étincelle de vie :  le FEU.

Vient la semence, cette résultante qui dégouline, cette sève précieuse, par ce feu fort et fier si lumineux et si chaud, cet élément qui brûle et brille au point de créer à son tour une condensation moite, son alter-égo et son contraire : l’EAU.

Puis à son tour, l’eau stagne et se concentre en mère nourricière tel l’éther, commence à créer des courants pour se déplacer imitant l’air, acquérant force, puis créant à sa façon une semence comme l’a fait le feu pour elle, donnant naissance à un dépôt  : la TERRE. 

Ces cinq éléments (bhutas) sont sources du tout. On les retrouve en tout. De façon intrinsèque, ils constituent l’esssence de chaque cellule - de chaque être vivant, homme ou animal, comme dans chaque plante et brin herbe, chaque matière. Ils sont là, en lutte perpétuelle de dominance, déséquilibrés par leur combat incessant, s’opposant les uns aux autres tout en se nourrissant les uns des autres dans leur complémentarité, certains plus vaillant, plus puissant, mais c’est une lutte en interne qui ne cesse jamais tant qu’il y a de la vie. 

C’est une conception simple, la base d’une science de la nuit des temps, la science de la vie qui se dit en sanskrit : Ayur-Veda. 

 

Etymologie et Définition 

 

Deux racines sanskrit : AYUR - vie/force vitale, et VEDA - connaissance/science. L’AYURVEDA se traduit ainsi par « Science de la vie » et parfois par extrapolation « science pour prolonger la (durée de) vie » et/ou « science pour augmenter la force vitale ». 

Une science est un ensemble de connaissances, un regroupement de théories et d’études tout en reposant sur des bases définies. Figée dans un concept qui classifie chaque individu selon sa constitution (Prakriti) en fonction de ses humeurs (doshas) dominantes, cette science de vie donne lieu à des techniques et des pratiques qui ont instauré ce que beaucoup définissent comme la première médecine dans l’histoire de l’humanité. 

Sa considération de la vie de l’individu est une vision holistique et globale, reposant sur plusieurs domaines. Tout d’abord il est question de santé bien sûr, à travers deux médecines distinctes. La première est préventive, mettant en avant la qualité de la nutrition, la considération des choix de vie en fonction de sa constitution, des soins thérapeutiques (massages, pharmacopée), mais aussi des rituels d’hygiène et esthétique, la beauté intérieure et extérieure étant liées. La seconde médecine est curative, comme une réponse à l’échec de la première, faisant appel à des domaines plus ciblés comme des cures de soins, purifications ou prise de plantes précises, ou encore la chirurgie. Il y a enfin une considération spirituelle à tout, aux autres individus mais à la façon d’aborder la vie avec discipline et compassion. Au-delà de sa constitution propre, l’individu est aussi considéré à travers son lien avec l’astrologie, tous ses choix de vie (travail, occupations, …) ou encore les éléments et les énergies diffuses et diverses de son environnement (niveau sociale, lieu géographique, climat, …).

Celui qui n’a pas d’ouverture d’esprit, ne pourra pas adhérer à l’Ayurveda qui n’a pas qu’une conception matérielle, mais aussi spirituelle. Ses fondements s’encrent dans des liens microcosme-macrocosme. Pour exemple, le domaine de l’étude psychologique et psychiatrique d’un individu se fera en lien avec son thème astral et une étude cosmologique le concernant. C’est pourquoi bien souvent l’Occident reste sceptique face à la plus ancienne des médecines, car tout comme l’hindouisme ancien, le Shivaïsme, elle assume sa part spirituelle à travers un lien très fort à la nature. La considération d’honorer la nourriture qu’on ingère, ou encore de s’adonner à la méditation quotidiennement est perçue comme trop spirituelle voir fantaisiste par les occidentaux.

Cependant de nombreuses études démontrent aujourd’hui que ces pratiques de démarches comportementales positives et gestion des émotions augmentent de façon significative la bonne santé mentale, influençant ainsi la bonne santé du métabolisme (système cardio-vasculaire, défenses immunitaires, …) - c’est le concept même du lien d’interaction corps-esprit. Aborder l’Ayurvéda est donc déjà un travail sur soi, où il faut reconsidérer entièrement sa façon de vivre, à travers le corps, le mental et le spirituel.

Vous allez comprendre que tous les concepts « nouveaux » et à la mode sur ces dernières décennies ne sont en fait que des échos aux concepts de l’Ayurveda - la Naturopathie héritée de l’Unani, elle-même issue de l’Ayurveda, l’Epigénétique mettant en lumière la modification du métabolisme de chaque individu en fonction des facteurs extérieurs (environnement, alimentation, vie sociale, …) - ou font partie intégrante de cette science, comme le Yoga, la thérapie par les Massages, ou encore la Méditation.

Pour synthétiser, l’Ayurveda repose sur trois concepts essentiels à la fois différents et complémentaires :

  • une médecine dite « préventive » (hygiène, alimentation, rituels de vie) pour le maintien d’une bonne santé
  • une médecine dite « curative » (soins, remèdes médicamenteux, chirurgie) pour tenter de combattre les pathologies et maux rencontrés
  • une médecine dite « corrective » (évolution professionnelle et sociale, choix de vie, gestion des problèmes rencontrées) pour une réalisation personnelle 

Elle est à la fois science, comme toutes médecines, et aussi philosophie, à travers une notion d’art de vivre en considération à soi et au monde.

 

Une Science de la nuit des temps 

L’Ayurveda semble précéder l’écriture, ce qui ne nous permet pas d’établir la date exacte de sa création, même si certains historiens évaluent la révélation orale de cette science aux alentours de 30 000 à 10 000 av JC. Issue d’une tradition orale qui s’est transmise de génération en génération, elle est arrivée jusqu’à l’âge des premières écritures, socle thérapeutique de la culture védique et donc indienne. Les premières références écrites à « cette science de vie » ont été établies par les grands sages de l’Inde post-préhistorique, à la fin du Néolithique, à travers les Védas, les premiers textes védiques. Dès lors, on date l’Ayurveda à cette époque, aux alentours de 3000/2000 av JC.

L’Ayurveda, comme beaucoup de cultures indiennes et malgré les influences étrangères, est toujours restée intacte en Inde. Certains concepts sont devenus populaires dans l’ensemble du pays, comme certains rites de purification, cependant en tant que médecine curative, l’Ayurveda s’est surtout pratiquée dans la sud du pays dont elle est originaire, les invasions perses musulmanes au nord du pays ayant contribué à sa disparition dans certaines contrées.

De 1757 à 1947, la colonisation et domination britannique sur l'Inde mettra à mal l’Ayurveda au fil des décennies en l’espace de presque deux siècles. Les écoles ayurvédiques ferment les uns après les autres, les hôpitaux abandonnent l’Ayurveda au profit d’une médecine occidentale importée. Deux siècles d’interdiction qui vont mettre à mal l’Ayurveda - en effet une science peut-elle survivre aussi longtemps sans être pratiquée et/ou transmise ? 

Après l’indépendance, Mahatma Gandhi va relancer cette science en créant de nouvelles écoles et en la reconnaissant officiellement comme méthode médicale. Dans un soucis identitaire, un retour aux valeurs de l’Inde traditionnelle reverra l’essor de cette médecine.

Notons ici que le Sri Lanka, qui n’est pas un état indien mais indépendant, malgré la colonisation, a pu garder cette science vivante qui est pratiquée de façon un peu différente aujourd’hui. Sur le continent, et d’un point de vue mondial, c’est le Kerala qui reste l’état de référence, comptant de nombreux hôpitaux, lieux de formation et lieux de cure.  

Aujourd'hui, l’Ayurveda, comme le Yoga, se développe de façon extraordinaire dans le monde entier. En Inde, elle a ses propres gourous et ses produits que l’on peut trouver en grande surface (un peu comme le « bio » en occident) - Swami Ramdev et la marque Patanjali en tête, ce qui permet l’accès à une certaine pharmacopée pour les plus modestes. Mais soyons honnêtes, les cures ayurvédiques en Inde sont réservés aux élites riches du pays et aux occidentaux - l’Ayurveda représente près de 80 % du tourisme vers le Kerala.

Hors de l’Inde, depuis les années 2000, l’Ayurveda incarne également une valeur sûre que les firmes commerciales en tout genre ont bien compris. Ainsi on ne compte plus le nombre de marques US et européennes qui se revendiquent de « tradition ayurvédique » - du compliments alimentaires aux produits cosmétiques, du baume chauffant aux huiles spécifiques -, sans oublier bien sûr le massage ayurvédique et autres rituels de soins : l’Ayurveda est partout !

Même si la dérive est facile, comme pour le yoga, les capitalistes se font passer pour des hippies modernes et adaptent ces sciences millénaires en mode de vie new-age quitte à vous proposer de l’Ayurveda vegan, ou sans gluten, ou sans lactose, teinté d’une conception manichéenne issue des idéologies islamo-judéo-chrétiennes - dommage car l’Ayurveda et le yoga ne sont rien de tout ça à l’origine. 

 

Nature Divine avant tout

Il y a une valeur fortement spirituelle et voir religieuse avec la Nature. 

L’éther, donnant l’air, qui donneront le feu, duquel arrive l’eau, qui par dépôts donne la Terre. Les éléments se donnent vie l’un après l’autre, à l’image d’un big bang. On retrouve d’ailleurs ce même schémas dans la mythologie grecque : Ether est un dieu primordial, qui épousera sa soeur Héméra (symbole du jour et de l’air) pour donner naissance à Ouranos (symbole du ciel et du feu), Thalassa (symbole de la mer et de l’eau) et Gaïa (symbole de notre planète et de la terre).

Ce n’est pas un Dieu unique qui joue et commande chaque chose sur Terre, c’est chaque chose sur Terre qui est une part divine, voir un Dieu à lui seul - l’éther est Vishnû, l’air est Vayû,le feu est Agni, l’eau est Indra, la terre est Bhümi. 

C’est exactement ce que nous dit l’Ayurveda : chaque être vivant, chaque atome qui constitue cet univers a sa part divine. Reconnaître le divin en chaque chose pour l’honorer et la choyer est le sens même d’une science de vie, d’une médecine. En considérant que ce qui vous constitue est divin et sacré vous n’aurez d’autre choix que de vouloir le préserver.

 

Textes issus des manuels de formation AYUR YOGA VEDA, écrits par Samuel Ganes.

 

En voir et savoir plus - site AYUR YOGA VEDA ICI

 

 

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